Le patronat bancaire sénégalais n’est pas coutumier des secousses spectaculaires. Il avance par transitions maîtrisées, là où chaque étape raconte la continuité d’un système. Le 5 février 2026, l’APBEFS a officialisé la passation entre la présidente sortante, Khady Boye Hanne, et son successeur par intérim, Sahid Yallou.
Mais derrière la forme, un message plus profond s’impose : le secteur change de rythme.
L’arrivée de Sahid Yallou n’incarne pas seulement une alternance institutionnelle. Elle marque le choix d’un profil forgé dans l’exigence, dans la banque corporate, dans la pression réglementaire régionale, et dans la culture de la performance. Exactement ce qu’attend aujourd’hui un marché qui doit prêter davantage, gérer mieux et moderniser plus vite.

Un leadership façonné par l’Afrique, nourri par les standards internationaux
Le parcours académique du nouveau président par intérim en dit long sur ses ambitions. Formé à l’UCAD, puis au CESAG, Sahid Yallou s’est ensuite ouvert à des compétences globales avec un Executive MBA en intelligence économique à Paris, avant d’intégrer un programme avancé de management à la University of Oxford.
Cette trajectoire résume une philosophie : garder l’ancrage africain tout en assumant l’alignement avec les standards internationaux.
Au sein du groupe Ecobank, qu’il rejoint au Bénin, il prend rapidement la main sur la banque de financement et d’investissement, avant d’être chargé du Corporate Banking pour l’espace UEMOA.
Sa nomination, à seulement 40 ans, à la direction générale d’Ecobank Sénégal confirme un profil à haut potentiel : lecture régionale, maîtrise des arbitrages complexes, rigueur dans l’exécution.
Khady Boye Hanne ne laisse pas simplement un fauteuil. Elle transmet une dynamique. Élue par acclamation en janvier 2025, son mandat aura été celui de la structuration interne, de la modernisation des commissions techniques et de la consolidation du dialogue avec les autorités publiques et monétaires.
Sous son impulsion, l’APBEFS s’est repositionnée sur trois axes essentiels :
- amélioration du lien banques-usagers,
- déploiement de mécanismes pour les PME/PMI,
- accélération des chantiers de digitalisation et de modernisation.
Une séquence marquée par le pragmatisme et la recherche d’équilibre dans un secteur soumis à des pressions concurrentielles et réglementaires croissantes.
En devenant président par intérim, conformément aux statuts, Sahid Yallou apporte bien plus qu’une continuité protocolaire.
Il apporte une connaissance fine du marché sénégalais, combinée à une compréhension stratégique de la zone UEMOA.
Un avantage décisif dans un contexte où les banques doivent concilier :
- obligation de financer davantage,
- gestion stricte des risques et de la conformité,
- exigences croissantes de qualité de service,
- pression d’une digitalisation qui doit être utile, pas cosmétique.

Son profil de “banquier de terrain” fait de lui un choix qui rassure, tout en donnant au secteur une impulsion plus technique, plus opérationnelle, plus orientée résultats.
La compétition bancaire au Sénégal s’articule désormais autour de quatre leviers déterminants :
1. Vitesse d’exécution
Décider vite, traiter vite, livrer vite : c’est la nouvelle monnaie de confiance.
2. PME/PMI comme colonne vertébrale
Ce segment est stratégique mais fragile. Il exige des mécanismes adaptés, des outils d’évaluation plus fins et une proximité réelle.
3. Digitalisation intelligente
Pas la multiplication des applications, mais des solutions qui réduisent les coûts, sécurisent les opérations et simplifient la vie des usagers.
Dans un environnement UEMOA hautement normé, stabilité et visibilité deviennent essentielles pour maintenir la dynamique de financement.
Créée en 1965, l’APBEFS reste l’institution-pivot du secteur bancaire sénégalais. Interface entre banques, autorités et marché, elle porte la responsabilité de maintenir un équilibre entre innovation, réglementation et financement de l’économie.
Avec ce passage de relais, l’Association envoie un signal : la stabilité demeure, mais la cadence s’accélère.
La passation du 5 février va bien au-delà du protocole.
Elle marque l’entrée dans une nouvelle phase pour le secteur bancaire sénégalais :
- Une association structurée, héritée de Khady Boye Hanne.
- Un président par intérim doté d’un profil hybride — corporate, régional, opérationnel.
- Un secteur qui exige désormais plus de vitesse, plus de clarté, plus de performance.
Sahid Yallou arrive au moment où la banque sénégalaise doit non seulement s’adapter, mais livrer.
Et c’est précisément ce qui fait de cet intérim un signal stratégique.