L’entrée en discussions exclusives entre BNP Paribas et le groupe Holmarcom autour d’une possible cession de la participation majoritaire détenue dans la Banque marocaine pour le commerce et l’industrie (BMCI) marque un moment clé pour le secteur bancaire marocain. Associé à la BMCI depuis près de trois décennies, Holmarcom pourrait, à l’issue de ce processus, ouvrir une nouvelle phase dans la gouvernance et la trajectoire stratégique de l’établissement.
Même si les échanges en sont encore à un stade préliminaire, l’opération est d’ores et déjà perçue comme structurante. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation des portefeuilles internationaux de plusieurs grands groupes bancaires, engagés dans un recentrage de leurs activités sur des marchés considérés comme prioritaires.
Un mouvement anticipé par le marché
Pour un analyste spécialisé en equity research, qui a accepté de s’exprimer sous anonymat, ce scénario était largement attendu. Depuis plusieurs années, la BMCI figurait parmi les actifs susceptibles de faire l’objet d’un arbitrage stratégique. « Les signaux étaient là : la réflexion autour d’une sortie progressive existait bien avant l’ouverture officielle des discussions », souligne-t-il.
Ce choix répond avant tout à une logique d’optimisation des ressources, dans un environnement marqué par un renforcement des contraintes réglementaires et une gestion plus sélective des risques. Dans ce contexte, certains marchés, bien que solides et porteurs à long terme, ont vu leur poids relatif diminuer dans les priorités stratégiques des grands groupes internationaux.
Une opération cohérente sur le plan financier
Du côté du cédant, l’intérêt est clairement identifié. Selon les estimations, la cession de la BMCI permettrait une amélioration d’environ 15 points de base du ratio CET1 de BNP Paribas. Un effet loin d’être marginal, alors que le groupe affichait un ratio de 12,5 % à fin septembre 2025, pour une exigence réglementaire de 10,51 %, et vise un niveau proche de 13 % à l’horizon 2027.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie globale fondée sur la discipline en matière de capital, la maîtrise des actifs pondérés par les risques et la cession d’activités jugées non prioritaires. Dans ce cadre, la BMCI, malgré sa solidité, présentait un profil de rentabilité inférieur à celui de plusieurs acteurs du marché marocain.
BMCI : une marge de progression significative
Pour la BMCI, l’enjeu est avant tout opérationnel. Avec un produit net bancaire d’environ 3,8 milliards de dirhams, l’établissement évolue à un niveau proche de celui de Crédit du Maroc, dont le PNB s’établit autour de 3,3 milliards. Pourtant, l’écart de rentabilité entre les deux banques demeure marqué.
La principale explication réside dans le coefficient d’exploitation. Celui de la BMCI avoisine 58 %, contre environ 48 % pour Crédit du Maroc. Cette différence se traduit par près de 600 millions de dirhams de charges supplémentaires. À structure d’activité comparable, elle limite fortement la capacité bénéficiaire de la banque.
D’après les projections, un ajustement progressif du coefficient d’exploitation vers un niveau proche de 50 % permettrait de dégager près de 300 millions de dirhams additionnels de résultat net, auxquels pourraient s’ajouter environ 120 millions de dirhams en cas d’amélioration du coût du risque.
Le scénario d’un rapprochement industriel
Si l’opération aboutit, la question du modèle industriel s’imposera rapidement. Le scénario d’un rapprochement entre la BMCI et Crédit du Maroc, tous deux sous le contrôle de Holmarcom, apparaît comme une hypothèse structurante.
Les deux établissements disposent de positionnements complémentaires. La BMCI est historiquement orientée vers les grandes entreprises, les groupes internationaux, la banque privée et les activités de marché. Crédit du Maroc, de son côté, est davantage ancré dans la banque de détail et le financement des PME.
Un tel rapprochement ferait émerger un acteur bancaire de taille intermédiaire, avec un produit net bancaire estimé autour de 8 milliards de dirhams et un total de bilan proche de 160 milliards. Un ensemble significatif, sans pour autant remettre en cause la domination des trois principaux groupes bancaires du pays.
Une intégration à conduire avec méthode
Toutefois, une fusion rapide comporterait des défis importants. L’harmonisation des systèmes d’information, l’alignement des cultures d’entreprise et la rationalisation des réseaux d’agences constituent des chantiers lourds, tant sur le plan opérationnel que social.
Dans cette perspective, une intégration progressive apparaît comme l’option la plus réaliste. Une telle approche permettrait de capter les synergies attendues tout en limitant les risques et en préservant l’équilibre concurrentiel du secteur, un point d’attention majeur pour les autorités de régulation.
Un impact mesuré, mais structurant pour le secteur
À l’échelle du marché, l’impact resterait ciblé. Le nouvel ensemble ne bouleverserait pas la hiérarchie bancaire nationale, mais renforcerait la pression concurrentielle sur les acteurs de taille moyenne, en particulier sur le segment des PME. Dans un environnement de plus en plus exigeant, la compétitivité reposera avant tout sur la capacité à maîtriser les coûts, accélérer la digitalisation et améliorer l’expérience client.
Une étape dans l’affirmation du capital bancaire marocain
Au-delà de ses implications financières, cette opération traduit une évolution plus profonde du secteur. Elle illustre la capacité croissante d’acteurs marocains à reprendre, structurer et développer des établissements bancaires de premier plan. Si le projet se concrétise, il marquera une nouvelle étape dans l’affirmation d’un capital bancaire national, avec des effets durables sur le financement de l’économie et la consolidation du système financier.