Face à la fragilité persistante des équilibres budgétaires dans plusieurs États d’Afrique centrale, la lutte contre les flux financiers illicites s’impose désormais comme une priorité économique majeure. Selon les estimations de la CNUCED, ces sorties illégales de capitaux coûtent chaque année près de 88,6 milliards de dollars au continent africain, soit environ 3,7 % de son produit intérieur brut. Une hémorragie financière qui freine considérablement les ambitions de développement.
Dans la zone CEMAC, le phénomène prend une ampleur particulière, notamment en raison des failles observées dans les secteurs extractifs. Au Gabon par exemple, certaines estimations évoquent des pertes annuelles avoisinant 12 milliards de FCFA, liées en grande partie à la sous-facturation des exportations et à des pratiques d’évasion fiscale.
C’est dans ce contexte que la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC), la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) et les Agences nationales d’investigation financière (ANIF) ont décidé de conjuguer leurs efforts. Cette collaboration vise à mettre fin à la dispersion des informations et à renforcer l’efficacité des mécanismes de contrôle.
Au cœur de ce dispositif, la mise en place d’un système intégré d’échange de données. Cette “passerelle informationnelle” permettra une meilleure coordination entre le régulateur bancaire et l’autorité des marchés financiers. L’objectif est clair : identifier plus rapidement les circuits de fraude complexes, notamment ceux qui consistent à injecter des fonds d’origine douteuse dans le système bancaire avant de les blanchir via des investissements en bourse, notamment sur la BVMAC.
Pour les institutions financières, cette nouvelle dynamique se traduira par un renforcement immédiat des exigences en matière de conformité. Les procédures de contrôle, notamment les dispositifs KYC (Know Your Customer), seront davantage scrutées, avec des audits plus rigoureux et réguliers.
Au-delà de l’aspect technique, cet engagement commun constitue un signal fort adressé aux investisseurs. Dans un contexte où la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) anticipe une croissance modérée de 3,3 % en 2026, l’amélioration de la transparence financière apparaît comme une condition indispensable pour attirer les investissements directs étrangers.
En s’attaquant aux zones d’ombre qui caractérisent encore certaines industries, notamment pétrolières et minières, la CEMAC ambitionne de transformer ces pertes en ressources internes. L’enjeu est double : renforcer les réserves de change et bâtir un environnement financier crédible, capable de rassurer les investisseurs et de dynamiser durablement le marché boursier régional.
Plus qu’un simple accord institutionnel, ce rapprochement entre la COBAC, la COSUMAF et les ANIF pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance financière de la sous-région. À terme, il s’agit de restaurer la confiance, socle essentiel pour financer le développement sans recourir excessivement à l’endettement.